Européennes 2019 : quelles propositions pour les personnes LGBTI ?

Plus que jamais, les droits des personnes LGBTI sont au centre des élections européennes qui vont se jouer le 26 mai prochain. L’Union est aujourd’hui très morcelée sur ces questions. Si le mariage pour tous est acquis pour bon nombre de pays, la mutilation des personnes intersexes perdure dans la majorité d’entre eux. Si la France n’est pas la cancre du continent, elle ne brille pas non plus pour ses avancées exceptionnelles. Preuve en est que cette thématique, touchant pourtant aux droits humains fondamentaux, ne figure pas toujours dans les programmes. Pourtant, il y a urgence … et les partis conservateurs ont la cote. Petit tour d’horizon des bons et des mauvais élèves.

Ian Brossat, félicitations du jury.

L’élu parisien affilié au Parti Communiste Français s’est montré particulièrement attaché aux droits des personnes LGBTI lors de sa venue au « Printemps des assoces » organisé par l’Inter-LGBT le 7 avril dernier, au cours duquel il avait participé à un débat avec ses principaux opposants. La candidate Amandine Miguel, ancienne porte-parole de l’association, est entre autre signataire d’une tribune « Pour une Europe arc-en-ciel »publiée le 6 avril dans Libération, réclamant une « clause de la personne LGBTI la plus favorisée » et une « valorisation des lois les plus protectrices et favorables aux personnes LGBTI dans chacun des États membres ». Plusieurs membres du PCF sont d’ailleurs également signataires de cette tribune. Lors de la présentation de son programme à Rennes le 24 avril dernier, le PCF a consacré un pan entier à l’égalité des droits pour les personnes LGBTI, en annonçant par exemple qu’il souhaitait la « reconnaissance des couples homosexuels dans toute l’Europe », la « reconnaissance des droits et la dépathologisation des personnes trans dans toute l’Europe », « l’interdiction des mutilations sur les personnes intersexes », « l’ouverture de la PMA à toutes les femmes et aux personnes trans », et un « droit d’asile pour les personnes LGBTI+ ».

Manon Aubry, mention bien.

La tête de liste de la France Insoumise figure bonne deuxième. Le programme du mouvement de Jean-Luc Mélenchon, en mettant l’accent sur la dignité et les droits des migrants, souhaite « Garantir le droit d’asile des personnes LGBTQIA sous statut de la Convention de Genève au sein du Régime d’asile européen commun » tout en pointant la situation de la Hongrie, condamné en janvier 2018 pour avoir rejeté la demande d’asile d’un migrant nigérien homosexuel sur la base de tests psychologiques. Plus loin, le programme annonce vouloir « faire appliquer dans les États de l’UE le principe d’auto-détermination du genre préconisé par la Résolution n°2048 de 2015 du Conseil de l’Europe et interdire les mutilations de personnes intersexes », faire « aboutir le projet de directive globale et universelle de l’UE contre toutes les discriminations » et « permettre la reconnaissance mutuelle des droits des familles vers l’égalité des droits pour les couples ». Le point 12 du programme indique que leur liste souhaite créer « l’Europe de l’émancipation, de la laïcité et de l’égalité ». Manon Aubry avait déclaré lors du débat au « Printemps des assoces » avoir du mal à entendre parler « d’une ‘‘Europe qui protège’’ quand elle a du mal à intégrer l’IVG et la protection des personnes LGBTQI ».

Benoît Hamon, de bonnes intentions.

La liste Génération-s, membre du parti transnational « European Spring » (Printemps Européen), consacre une partie de son programme commun à l’égalité des sexes et à la lutte contre les discriminations LGBTIphobes. Elle exige des mesures « pour que tous les États membres de l’UE reconnaissent tous les mariages entre partenaires », « pour garantir le droit des personnes LGBTTQIA+ à adopter des enfants » et « pour que tous les États membres de l’UE reconnaissent les personnes non-binaires et garantissent le libre accès aux procédures de transition ». Pour l’ancien ministre, « il y a urgence à repartir à l’offensive et à défendre le droit de chacun à être et à aimer librement ». Les idées sont bonnes, mais leur mise en place semble quelque peu utopique à regarder l’agenda politique actuel de l’Union Européenne.

Yannick Jadot, peut mieux faire.

Europe-Ecologie-Les-Verts s’est très souvent engagé aux côtés des associations LGBTI en soutenant leurs revendications. Dans le programme intitulé « Votez pour le climat », il est fait allusion à un « plan de lutte contre les violences aux personnes LGBTQI+ » et à une « formation des forces de l’ordre européennes à l’accueil des personnes ayant fait l’objet de violences sexistes ou sexuelles ». Le programme évoque également « l’interdiction des opérations chirurgicales non-nécessaires sur les enfants intersexes » et admet que « l’UE doit avancer vers l’autorisation partout du mariage pour les gays et lesbiennes ». Présente sur la liste, la députée européenne Karima Delli a évoqué la possibilité d’enclencher l’article 7 du traité de l’UE, permettant de suspendre le droit de vote au Conseil Européen, pour « sanctionner les pays qui ne respectent pas les valeurs de l’Europe, en particulier sur les droits LGBTI+ ».

Raphaël Glucksmann, à la traîne.

Peu habitué aux débats, l’intellectuel de 39 ans, tête de liste pour Place Publique et le Parti Socialiste, n’est pas très clair sur les sujets LGBTI. Il était pourtant présent au débat du « Printemps des Assoces », mais n’a formulé aucune proposition concrète. Le centre du problème réside, selon lui, dans le fait que les pays membres ne respectent pas les législations européennes. La seule réponse : d’avantage d’Europe. Sans plus de précisions. Le programme propose néanmoins « la libre circulation des couples et des familles en faisant en sorte que le mariage et l’union civile soient créateurs des mêmes droits dans tous les pays de l’Union européenne, quelle que soit la composition du couple ». On peut souligner également l’engagement de la candidate Sylvie Guillaume, seconde sur la liste, signataire du manifeste « Come Out For EU » invitant les élus progressistes à se faire les porte-étendards des droits LGBTI au Parlement Européen.

Nathalie Loiseau, aucun effort.

Se revendiquant pourtant comme la liste des « progressistes » face aux « populistes », la liste « Renaissance » du parti La République En Marche n’évoque presque pas les thématiques LGBTI. Elle mentionne tout juste sa volonté d’« adopter la directive contre toutes les discriminations, pour s’assurer notamment du respect des droits des personnes LGBTI partout en Europe ». Ce n’est pas très poussé. C’est d’autant plus gênant quand on sait que la France, sous la présidence de son comparse Emmanuel Macron, a récemment délivré plusieurs obligations de quitter le territoire à des personnes brésiliennes séropositives transgenres. De plus, la loi ouvrant la PMA à toutes les femmes a été repoussée à 2020. L’élu parisien Mao Péninou, trentième sur la liste, a tout juste parlé du devoir de l’Europe de « protéger » les personnes LGBTI lors de son déplacement au « Printemps des Assoces ». Le minimum syndical.

Et les autres ?

Carton rouge pour les autres candidats. Pour l’heure, Jean-Christophe Lagarde, tête de liste pour l’UDI, n’a pas évoqué une seule fois les questions LGBTI. Inutile de parler de François-Xavier Bellamy, soutien de la Manif pour Tous, soutenu par les deux très conservateurs François Fillon et Laurent Wauquiez (qui avait évoqué « l’eugénisme nazi » pour parler de la PMA). Pour ce qui est de Nicolas Dupont-Aignan (Debout La France), Jordan Bardella (Front National), François Asselineau (Union Populaire Républicaine) et Florian Philippot (Les Patriotes), sans surprise : silence radio, l’extrême droite reste fidèle à elle-même.

Les candidats de gauche radicale se démarquent par des engagements et des propositions précises. Plus on se dirige vers le centre, plus le brouillard s’épaissit. L’accent est évidemment mis, actualité oblige, sur les des migrants LGBTI, mais il aurait été bien vu de se pencher sur ce que subissent les personnes trans et intersexes dans leurs pays pour certains candidats. Une harmonisation législative ou une charte au niveau européen devient un besoin impérieux. Bien qu’il existe dans les principaux partis cités des commissions dédiées aux questions queer, on peut regretter qu’aucun candidat ne se mette vraiment en avant. La timidité est de mise et les têtes de liste sont parfois totalement déconnectées du sujet. Face à la montée des conservatismes, il est impératif que les personnes LGBTI prennent leur destin en main et votent pour une liste défendant véritablement leurs intérêts. La campagne ne fait que commencer, gageons que les partis sauront s’emparer de nos combats.

(Article initialement publié sur Medium)

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